Mon pays, mon Abitibi !

En musique de fond, pendant que je vous écris, Michel Rivard chante Shefferville (Le dernier train). C’est beau….et triste à la fois ! Ben non, Shefferville c’est pas en Abitibi… Mais quand on y pense, y’a des similitudes.  Moi, je veux pas partir et pourquoi je resterais ici? Là on est en hiver, pis ici l’hiver…c’est l’hiver! Il fait froid … pis chaque fois que je prends la route, j’ai des km et des km à faire. 

Je demeure dans un petit village au Nord de mon Abitibi natale. Ma blonde travaille à 30 km au sud, pis moi, 90 km au nord! Chaque matin, pour le travail, on doit partir 20 minutes plus tôt, elle pour aller au bureau et moi pour rejoindre l’autobus qui m’apportera pour les 60 derniers km isolés! 

Ha! J’y ai pensé, déménager vers un grand centre pour avoir tout à porté de la main! Serais-je gagnant à déménager à quelques pas d’un emploi où je dois calculer mon temps en fonction du traffic ou de la journée? Hum… Et puis, j’aime la chasse, j’aime la pêche… mon lac et la nature! Tout ça est à la sortie de mon petit village! Tu veux travailler, par ici, y’a plus d’emplois disponibles que de travailleurs en recherche d’une job. 

Mais mon thermomètre me dit toujours qu’il fait froid en bâtard dehors!!! Je sors pelleter ma cour et je vois mon voisin arriver pour me donner un coup de main! Soudainement, je sens la chaleur…. Une chaleur humaine qu’on ne retrouve nulle part ailleurs! En me rendant au travail, j’ai fait une crevaison ce soir là!  C’est pas une mais 3 voitures qui se sont arrêtés pour me donner un coup de main! 

Pourquoi vivre en Abitibi?  Parce que j’y ai passé ma jeunesse… À apprendre les bois, à la chasse, à la pêche…à boire avec les gars. Parce que quand j’ai besoin, je n’ai pas à demander, les regards ne se retournent pas pour m’éviter. La main se tend et vient à moi!  Non, le sud de l’Abitibi c’est pas la Jamaïque, mais cette chaleur est unique au monde!  Mes enfants ne verront jamais leur père pleurer sur la table de la cuisine parce que que le dernier train ne partira jamais d’ici!  L’Abitibi, c’est icitte que j'suis né, c'est là que j'vais mourir… Et oui… Avec une caisse de douze, une aurore boréale…et la femme de ma vie couchés sous les étoiles!

Luc Moisan
Normétal, Février 2018